Démarche

Ma démarche artistique repose sur un processus de création qui combine dessin traditionnel, peinture numérique et techniques mixtes.

Chaque œuvre débute par une phase de recherche et de croquis, au cours de laquelle je développe les personnages, les formes, les compositions et l’atmosphère générale de l’image. Ces premières esquisses me permettent d’explorer différentes possibilités avant de construire l’image finale.

Je poursuis ensuite le travail en peinture numérique, principalement à l’aide d’une tablette graphique. Cette étape me permet de préciser le dessin, de travailler les valeurs, les couleurs, la lumière, les textures et les différents éléments de la composition.

Une fois l’image numérique terminée, je l’imprime sur toile. Cette impression devient alors un matériau de départ plutôt qu’une œuvre achevée. Je découpe ou conserve certaines parties de la toile avant de les coller sur un support, où commence une nouvelle étape de transformation.

J’interviens ensuite directement sur la surface avec différents médiums traditionnels : pastels gras, crayons pastel, crayons de couleur et crayons acryliques. Je redessine certaines parties, accentue des lignes, ajoute de la matière, modifie les couleurs et crée de nouvelles textures. L’image imprimée se transforme ainsi progressivement en une œuvre unique.

J’intègre également différents matériaux par collage : fragments de papier, tissus, toile de jute, matières texturées, éléments imprimés ou récupérés. Ces ajouts créent des superpositions, des irrégularités et des reliefs qui viennent prolonger le dessin au-delà de l’image initiale.

La dernière étape consiste à travailler l’ensemble de la surface afin de créer une cohérence entre l’image numérique, le dessin, la peinture et les matériaux ajoutés. Les traces, les coulures, les textures et les imperfections demeurent volontairement visibles et participent pleinement à la composition.

Mon processus devient ainsi un aller-retour entre le numérique et la matière : l’image naît d’abord par le dessin, se construit dans l’espace numérique, devient physique par l’impression, puis est transformée manuellement jusqu’à devenir une œuvre hybride où se rencontrent peinture numérique, dessin et collage.

Démarche artistique :

Ma démarche artistique explore les zones de friction entre l’humain, la mémoire, le corps, la technologie et la disparition. Je construis des univers où les personnages semblent évoluer dans l’après : après une transformation, après l’effondrement d’un monde, après la perte d’un souvenir ou à la frontière d’une nouvelle forme d’existence. Je cherche moins à raconter une histoire précise qu’à créer des fragments narratifs capables de provoquer une sensation d’étrangeté et de laisser au spectateur l’espace nécessaire pour construire sa propre interprétation.

La figure humaine demeure au centre de mon travail. Les visages, les corps et les regards sont souvent reconnaissables, mais soumis à une transformation progressive. Ils se fragmentent, se mêlent à leur environnement ou deviennent presque étrangers à eux-mêmes. À travers cette transformation, je questionne ce qui constitue notre identité : que reste-t-il de nous lorsque le visage s’efface, lorsque le corps change ou lorsque la mémoire devient incertaine? Les personnages deviennent ainsi des survivants, des témoins, des présences ou parfois les traces d’une humanité qui n’existe peut-être déjà plus.

La mémoire constitue également un fil conducteur important. Mes œuvres fonctionnent souvent comme des archives incomplètes. Des portraits, des architectures, des objets, des textes et des fragments apparaissent comme les vestiges d’une histoire dont certaines parties auraient disparu. Le spectateur est placé devant ces traces sans posséder toutes les clés pour les comprendre. Cette absence volontaire d’explication participe à l’œuvre. Elle crée un espace où le souvenir, le rêve et l’imaginaire peuvent se confondre.

La technologie occupe une place ambiguë dans cet univers. Elle peut prolonger le corps, transformer l’identité ou survivre à ceux qui l’ont créée. Machines, structures industrielles, fils, mécanismes et environnements artificiels se mêlent régulièrement à des formes organiques. Je m’intéresse particulièrement au moment où la distinction entre le vivant et la machine devient incertaine. La technologie n’est alors ni entièrement menaçante ni salvatrice. Elle devient une nouvelle matière du vivant, mais aussi le témoin silencieux de notre passage.

Cette réflexion touche également au désir, à la solitude et à la présence de l’autre. Certains personnages cherchent, observent, attendent ou semblent se souvenir. Le corps peut devenir le lieu du désir, mais aussi celui de sa disparition. Le regard joue alors un rôle essentiel : regarder l’autre signifie parfois reconnaître quelque chose de soi-même, tandis que perdre le visage de l’autre revient progressivement à perdre une partie de sa propre mémoire.

Le rêve me permet de réunir ces différentes dimensions. Je privilégie une narration non linéaire où les images fonctionnent comme des réminiscences. Une scène peut sembler appartenir au futur, une autre au passé, une troisième à un souvenir ou à une réalité intérieure. Le spectateur traverse ainsi mes œuvres comme on traverse un rêve : certaines images demeurent très précises tandis que leur signification reste insaisissable.

Cette approche conceptuelle se prolonge directement dans ma manière de travailler. Mes œuvres commencent par des croquis, puis sont développées en peinture numérique avant d’être imprimées sur toile. L’image numérique devient alors une matière que je colle sur un nouveau support et que je transforme manuellement. J’interviens avec du pastel gras, des crayons pastel, des crayons de couleur et des crayons acryliques. J’ajoute également des fragments de papier, de tissu, de toile de jute et différentes matières récupérées.

Les déchirures, les superpositions, les coulures et les surfaces irrégulières sont volontairement conservées. Elles ne sont pas seulement décoratives : elles participent au sens de l’œuvre. La matière devient une forme de mémoire. Elle porte des blessures, des recouvrements et des traces, exactement comme les personnages que je représente.

Mon travail se situe ainsi entre peinture numérique, dessin, collage et techniques mixtes. Le passage constant du numérique au physique est essentiel à ma démarche. Une image d’abord contrôlée et construite à l’écran est ensuite confrontée à la matière, à l’accident et à l’imperfection. Elle peut être recouverte, altérée, déchirée ou transformée.

À travers cette rencontre entre l’image et la matière, je cherche finalement à construire les vestiges d’un monde qui pourrait être le nôtre. Un monde dans lequel les machines se taisent, les visages s’effacent, les corps se transforment et les souvenirs persistent malgré tout.

Ce qui m’intéresse n’est pas véritablement la fin du monde, mais ce qui pourrait encore demeurer de nous après sa transformation.